28 février 2024En cent ans, la façon d'habiter en Suisse a été bouleversée. Les matériaux, les surfaces, les usages, les priorités : presque tout a changé. Et le Valais, avec ses spécificités géographiques et culturelles, a suivi cette évolution à son propre rythme, parfois en avance, parfois à contre-courant.
Retour sur un siècle de transformations, chiffres à l'appui.
Le début du 20e siècle : l'héritage des constructions traditionnelles
Au début du siècle dernier, le Valais est encore largement rural. Les constructions dominantes sont les mazots, les raccards et les chalets d'alpage, bâtis en bois, pensés pour résister au froid et à la neige. En ville, à Sion ou à Martigny, les immeubles de style classique côtoient des maisons bourgeoises sobres.
Ces logements sont petits par nos standards actuels, mais conçus pour des modes de vie collectifs et multi-générationnels. La surface par habitant est faible, mais la fonctionnalité est totale.
Les années d'après-guerre : l'urbanisation s'accélère
Les années 1945-1960 marquent une rupture. La croissance économique attire de nouveaux habitants dans les villes et les vallées industrielles. Les immeubles locatifs se multiplient, les matériaux changent : le béton remplace progressivement le bois dans les constructions nouvelles.
Les surfaces moyennes atteignent leur point le plus bas dans les données suisses : 83,8 m² pour les logements construits entre 1946 et 1960. On construit vite, fonctionnel, pour loger le plus grand nombre.
Les années 70 et 80 : le confort comme priorité
C'est la période du boom résidentiel. Les appartements gagnent en équipement : balcons, caves, places de parc, cuisines séparées. La surface moyenne remonte progressivement pour atteindre 106,8 m² dans les constructions des années 80.
En Valais, cette période correspond aussi au développement des stations touristiques. Crans-Montana, Verbier, Nendaz : des milliers de résidences secondaires sont construites, transformant durablement le tissu immobilier cantonal.
Les années 90 et 2000 : les surfaces s'agrandissent, les normes aussi
Les logements construits entre 2001 et 2005 atteignent une surface moyenne de 131,1 m², le pic historique des données suisses. On construit grand, lumineux, avec des espaces ouverts entre cuisine et salon. La domotique fait son apparition, les normes énergétiques deviennent plus exigeantes.
C'est aussi l'époque où la Suisse commence à légiférer sérieusement sur l'efficacité thermique des bâtiments, un chantier qui ne fera que s'amplifier dans les décennies suivantes.
Les années 2010 : le retour à la compacité
Paradoxalement, après le pic des années 2000, les surfaces moyennes se contractent. Les logements construits entre 2016 et 2022 affichent 101,9 m² en moyenne, soit 30 m² de moins qu'au début du siècle. Les raisons sont multiples : coût du foncier, densification urbaine, ménages plus petits, priorité donnée à la qualité sur la quantité.
Le Valais reflète cette tendance avec une particularité : la surface moyenne des logements y est de 92,7 m², inférieure à la moyenne nationale de 99 m². Une réalité qui s'explique en partie par la forte proportion de résidences secondaires dans le parc immobilier cantonal, souvent plus compactes que les résidences principales.
La pandémie : un accélérateur pour le Valais
Le Covid-19 a redistribué les cartes résidentielles en Suisse. Le télétravail généralisé a soudainement rendu possible ce que beaucoup n'osaient pas envisager : habiter loin d'une grande ville sans sacrifier sa carrière.
Le Valais en a bénéficié directement. La demande pour des logements avec jardin, terrasse ou vue sur les montagnes a explosé. Des familles zurichoises ou genevoises ont franchi le pas, cherchant dans les régions de Sion, Sierre ou dans les vallées latérales un cadre de vie que les centres urbains ne pouvaient plus offrir au même prix.
Cette dynamique a tendu le marché local et fait monter les prix, mais elle a aussi renforcé l'attractivité résidentielle du canton sur le long terme.
Changements socioculturels : vers une nouvelle dynamique résidentielle
Parallèlement aux évolutions architecturales, la structure des ménages a profondément changé. Les foyers unipersonnels et les familles recomposées sont devenus plus fréquents, influençant directement la demande de logements. En Valais comme ailleurs, les acheteurs recherchent aujourd'hui des espaces flexibles, capables d'accueillir un bureau à domicile, une chambre d'amis ou un espace partagé avec les générations voisines.
Un siècle de données sur les surfaces moyennes des logements suisses raconte une histoire : celle d'un pays qui a d'abord construit pour loger, puis pour conforter, puis pour agrandir, et qui cherche aujourd'hui à mieux habiter plutôt qu'à habiter plus grand. En Valais, cette évolution prend une couleur particulière. Le canton reste un marché où la qualité de vie, la proximité de la nature et le rapport au territoire jouent un rôle central dans les décisions immobilières, qu'il s'agisse d'acheter, de vendre ou d'investir.
Si la surface moyenne en Suisse est de 99m2, en Valais, elle n'est que de 92,7m2 et la surface moyenne par pièce de 27,3m2 respectivement 26,9m2.
Source OFS - Statistique des bâtiments et des logements - 2023
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